La griffe des mots

lundi 12 novembre 2018

GRIFFONNADE 348 : Umberto Eco

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Que lire ? Que dire ?

Umberto Eco, il professore, écrit essais et romans. Bien sûr on cite Le Nom de la Rose. Faute de l'avoir lu, on évoque le film de Jean-Jacques Annaud où brille Sean ConneryAdaptation cinématographique ? Non, un palimpseste ! On efface l'original et l'on recommence par-dessus un autre travail semblable et différent.

Suivront cinq romans foisonnants où le romancier offre en patûre des textes qu'il est possible d'interpréter à l'infini. Le sémiologue distingué jubile et persiste : autant de significations que de lecteurs. Il s'amuse et nous condamne  à relire alla vita eterna

Le pendule de Foucault (1988) ; L'île du jour d'avant (1994) ; Baudolino (2000) ; La mystérieuse flamme de la reine Loana (2004) ; Le cimetière de Prague (2010).

La sixième et ultime fiction Numéro zéro (2015) surprend par sa minceur. Beaucoup penseront qu'Eco s'épuise. L'engouement pour le parfum nouveau et initial de la Rose se serait évaporé un peu plus davantage à chaque livre. Hypothèse opposée : le maître italien parfait son art de produire une oeuvre ouverte. On ne fera pas l'économie de relire. On ne réduira jamais aucun de ses livres dans une critique définitive. On ne s'engagera pas dans un de ces six romans sans en traverser un second et ressortir d'un autre. Affirmation : aucune page d'Umberto Eco n'existe sans lecteur. Lapalissade ? La singularité d'Eco réside dans cette certitude que chaque lecteur récrit son récit à chaque relecture. Il n'écrit pas pour lui mais pour un lecteur inconnu.

Une citation... significative : "Parler toujours sérieusement cause de l'ennui. Plaisanter toujours, du mépris. Philosopher toujours, de la tristesse. Railler toujours, du malaise." (L'île du jour d'avant) 

Un peu de sérieux, un soupçon d'humour, une pincée de réflexion, un brin d'ironie... sinon se taire ?

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mardi 6 novembre 2018

GRIFFONNADE 347 : Méthode épicurienne

(suite à la griffonnade 346)

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La méthode épicurienne consisterait à :

  • identifier un projet de bonheur ;
  • imaginer en quoi ce projet serait défectueux : rechercher des exceptions entre l'objet désiré et le bonheur, pourrait-on posséder cet objet sans être heureux ? Pourrait-on ne pas le posséder et être cependant heureux ?
  • si en effet existe une exception, l'objet désiré ne peut pas être cause nécessaire et suffisante de bonheur ;
  • il faut alors nuancer le projet initial en tenant compte de l'exception ;
  • les vrais besoins paraissent désormais très différents du vague désir initial.

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ATELIER D'ECRITURE 91 : Bibliothèque de St-Galmier

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Atelier d'écriture 

Bibliothèque de Saint-Galmier (Loire)

Séance 2/9

Mercredi 14/11/2018

De 18h30 à 20h30

Thème du jour : Tout commence par une liste

La liste contient différents éléments que l'on inscrit les uns sous les autres.

Que dire et que tirer d'un tel contenu et d'une pareille forme ?

Renseignements pratiques : 04 77 52 59 37

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lundi 5 novembre 2018

ATELIER D'ECRITURE 90 : Médiathèque de Saint-Symphorien-sur-Coise

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 Atelier d'écriture / 11ème année. 

Médiathèque de Saint-Symphorien-sur-Coise, Rhône

Séance 2/9 : mardi 13/11/18 

de 19h30 à 21h30

Thème : Ecrire un bref scénario

Un scénario est un jeu de piste qui, étape après étape, tire personnages, lecteurs et auteurs vers la case finale où tout se dénoue, où tout s'achève, drame ou comédie.

Calendrier de la saison 2018/2019

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samedi 20 octobre 2018

GRIFFONNADE 346 : Le bonheur selon Epicure

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Selon EPICURE  

Ce qui est naturel et nécessaire au bonheur :

  • des amis ;
  • la liberté ;
  • de la réflexion (sur les causes principales de l'anxiété, c'est à dire sur la mort, la pauvreté et la superstition) ;
  • nourriture, logement et vêtements.

Ce qui naturel mais non nécessaire au bonheur :

  • habiter une superbe maison ;
  • bénéficier de bains privés ;
  • participer à des banquets ; 
  • posséder des serviteurs ;
  • manger des poissons et des viandes.

Ce qui est ni naturel ni nécessaire au bonheur :

  • la gloire ;
  • le pouvoir.

Invitation à transposer ces listes aux circonstances de notre époque et d'estimer si l'on court après un bonheur naturel, nécessaire ou autre (?)

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GRIFFONNADE 345 : Ecrivain et romancier

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(D'après L'Art du roman, Milan Kundera)

Kundera distingue l'écrivain du romancier

 

L'écrivain, tel Rousseau, Goethe, Chateaubriand, Gide, Camus, Malraux...

  • a des idées originales ;
  • a une voix inimitable ;
  • tout ce qu'il écrit fait partie de son oeuvre. 

 

Le romancier, tel Fielding, Sterne, Flaubert, Proust, Faulkner, Céline...

  • c'est un découvreur qui s'efforce, par tâtons, à dévoiler un aspect inconnu de l'existence ;
  • il poursuit une forme, seules les formes font partie de son oeuvre.

 

vendredi 19 octobre 2018

GRIFFONNADE 344 : Au nom de l'eau

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Ouvrage relatant les soixante-dix ans d'un syndicat rural fournissant en eau potable soixante-quinze communes...

Plus de 120 pages rassemblant des témoignages, relatant l'historique, présentant des schémas et des données...

Le Syndicat mixte des eaux des Monts du Lyonnais et de la basse vallée du Gier souhaite que ce livre, non commercialisé, soit à la disposition du public par le biais des bibliothèques et médiathèques des communes adhérentes.

" Imaginons un instant que plus une seule goutte d’eau ne sorte de nos robinets ! Imaginons le récit d’une pénurie complète d’eau potable, ce que certains appellent déjà « day zero ». Imaginons les conséquences immédiates : affolement dans les hôpitaux et les écoles ; colère des agriculteurs et des entrepreneurs ; appels téléphoniques d’abonnés furieux et de collectivités paniquées ; manifestations devant les mairies et les préfectures ; grands titres à la Une de la presse locale, reportages spontanés des radios et des chaînes télévisuelles ; accusations, insultes, menaces, violences, émeutes…

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Pourquoi présenter cet ouvrage en suggérant un pareil scénario catastrophique ?  Dans l’entretien que m’accorda Bernard Chaverot, l’actuel président du syndicat, surgit l’idée saugrenue de pousser le citoyen-consommateur à se questionner sur l’existence et le fonctionnement du service public de distribution d’eau. Une coupure d’eau prolongée susciterait-elle l’envie de découvrir le réseau d’alimentation ? Afin de marquer davantage les esprits, la coupure occasionnelle devient ici une pénurie générale. Imaginons la panique qu’elle susciterait dans un pays, le nôtre, où l’on consomme en moyenne 130 litres d’eau par jour et par habitant. Impossible, dit-on, elle coule depuis toujours, elle est naturellement disponible. L’eau appartient à tous, ajoute-t-on, et sa consommation devrait donc être gratuite comme l’air qu’on respire. Oui, l’eau coule en abondance de nos robinets. Oui, elle constitue une richesse commune à partager et à préserver. J’avoue qu’en rédigeant les textes de cet ouvrage, il m’a fallu ébranler quelques préjugés. Au fil des rencontres et des témoignages rapportés dans cet ouvrage, au fil des lectures de documents émis par le Syndicat, au fil de lectures complémentaires, après une visite accompagnée de son réseau, l’abonné que je suis ne ressemble plus à l’abonné que j’étais. 

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Accepter de découvrir l’histoire du syndicat, c’est découvrir des histoires humaines, des récits de personnes dont le service, la distribution de l’eau potable fut et demeure une valeur, un projet, un métier, une vie.  L’eau au robinet ! Voilà le résultat d’un travail, d’un dispositif, d’un réseau pas encore séculaire. 70 ans ! Dix fois l’âge de raison. Celle qui permet de connaître, de juger et d’agir. 70 ans, sept décennies. Les créateurs ont disparu, leurs successeurs entretiennent leurs mémoires, les désignent comme des "pionniers visionnaires". Puisque cette aventure est simultanément technique, humaine, sociale et politique comment ne pas la commémorer ? 

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Que ces pages donnent le goût de l’eau à chacune et à chacun qui les feuillettent, les lisent, consultent, les relisent. Que ces pages les rassurent et les interrogent car si l’eau n’a pas de prix, le réseau en a un."

DC, rédacteur de l'ouvrage.

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lundi 10 septembre 2018

ATELIER D'ECRITURE 89 : Médiathèque de Saint-Symphorien/Coise

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Atelier d'écriture / 11ème année

Médiathèque de Saint-Symphorien-sur-Coise, Rhône

Première séance : mardi 09/10/18

de 19h30 à 21h30

Thème : "Jacques a dit"

La phrase infinitive ordonne, défend, affirme, exclame, interroge. Elle dresse des listes, elle suggère un plan d'action, elle dit ce qu'il faut faire... Elle sera le fil rouge de cette séance où les nouveaux-venus seront accueillis par les participants fidèles et convaincus.

Calendrier de la saison 2018/2019

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ATELIER D'ECRITURE 88 : Saison 2018/2019

Ateliers d'écriture

Calendrier de la saison 2018/2019

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1/ ATELIER D'ECRITURE / Monts du Lyonnais / Onzième année

Médiathèque Mot@mot / 69590 Saint-Symphorien-sur-Coise

Séance mensuelle de 19h30 à 21h30.

Mardi 09/10/2018

Mardi 13/11/2018

Mardi 04/12/2018

Mardi 08/01/2019

Mardi 05/02/2019

Mardi 05/03/2019

Mardi 02/04/2019

Mardi 07/05/2019

Mardi 04/06/2019

2/ ATELIER D'ECRITURE / Côteau baldomérien / Troisième année

Bibliothèque Au jardin des mots / 42330 Saint-Galmier

Séance mensuelle de 18h30 à 20h30.

Mercredi 26/09/2018

Mercredi 14/11/2018

Mercredi 12/12/2018

Les dates des séances suivantes seront fixées prochainement.

ATELIER D'ECRITURE 87 : Bibliothèque de Saint-Galmier

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 Atelier d'écriture 

Bibliothèque de Saint-Galmier (Loire)

Séance inaugurale

Mercredi 26/09/2018

De 18h30 à 20h30

Le calendrier des séances suivantes sera défini au cours de cette première rencontre.

Thème du jour : Ecrire à plusieurs

Par habitude, l'écriture est un acte solitaire. Produire un texte collectif modifierait-il la pratique ?

Le dispositif permet à tout nouveau-venu, débutant ou pas, de prendre place auprès des participants fidélisés.

Renseignements : 04 77 52 59 37

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dimanche 15 juillet 2018

ATELIER D'ECRITURE 86 : Abécédaire littéraire

Abécédaire littéraire

Invitation à rédiger une liste alphabétique en indiquant en face de chaque lettre le nom d'un auteur ou d'une autrice dont les livres (ou un seul) comptent dans votre vie de lecteur ou de lectrice.

Pour ma part, aujourd'hui - dans un mois, un an, mon choix restera-t-il identique ? - mon abécédaire serait le suivant :

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A. Jacques Abeille / B. Henry Bauchau / C. Johnn Maxwell Coetzee / D. Fédor Dostoïevski E. Umberto Eco / F. William Faulkner / G. Jean Giono / H. Jim Harrison / I. Kazuo Ishiguro / J. Phyllis Dorothy James / K. Milan Kundera / L. Jack London / M. Iris Murdoch /  N. Amélie Nothomb / O. Flannery O'Connor / P. Henri Pourrat / Q. Pascal Quignard / R. Charles-Ferdinand Ramuz / S. Jerome David Salinger / T. Michel Tournier / U. Fred Uhlman / V. Jules Verne / W. Herbjorg Wassmo / X. ...?... / Y. Marguerite Yourcenar / Z. Stefen Zweig

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jeudi 5 juillet 2018

GRIFFONNADE 343 : Nomophobie & alexithymie

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Je suis nomophobe ! dit-il avec l'air avantageux de l'individu exceptionnel. Je n'ai aucune intention d'en discuter avec vous, dit-elle. Je suis préoccupée par ma fille devenue alexithymique.

De quoi s'agit-il ?

La nomophobie (terme apparu en 2008)  : peur excessive d'être séparé de son téléphone mobile.

L'alexithymie (terme apparu en 1970) : la difficulté à identifier et à exprimer par des mots ce qui se passe au niveau des sentiments.

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mardi 5 juin 2018

ATELIER D'ECRITURE 85 : Médiathèque de Saint-Symphorien/Coise

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Atelier d'écriture

Médiathèque Mot @ Mot 

Saison 2017/2018  

Dixième année

Saint-Symphorien-sur-Coise (Rhône​)

Lundi 25/06/2018 / 19h30/21h30
 
Avec le retour des belles soirées, sortons !
Prenons nos papiers et nos stylos et sortons écrire dehors ! Sortons faire le plein de grand air, prenons le temps de renouveler notre créativité dans la lenteur du soir qui s'éteint.
Ecrire en extérieur, juste avant le crépuscule, c'est saisir des bruits et des ombres en improvisant un atelier éphémère en un lieu où le point de vue suscitera les sens. Ecrire en extérieur ce sera jeter dans la brise les phrases d'une histoire comme un bout de branche dans le courant de la rivière. 

ATELIER D'ECRITURE 84 : Bibliothèque de Saint-Galmier

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 ATELIER D'ECRITURE​ 

Bibliothèque de Saint-Galmier (Loire)

​Mercredi 20/06/2018 
18h30-20h30
Lire un texte à voix haute

"​Je vois assez régulièrement se lever l'aurore (comme présentement) car je pousse ma besogne fort avant dans la nuit, les fenêtres ouvertes, en manches de chemise et gueulant, dans le silence du cabinet, comme un énergumène."   

(Gustave FLAUBERT)​

CONTACT : 04 77 52 59 37

lundi 28 mai 2018

GRIFFONNADE 341 : Chronobiologie & chronopsychologie

Chronobiologie & chronopsychologie 

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Distinguons les deux termes afin de mieux les comprendre et les utiliser.

Chronobiologie: étude des rythmes biologiques.

Chronopsychologie: étude des comportements au cours de la journée.

Derrière tout discours autour de l'adaptation des rythmes scolaires de nos chères têtes brunes et blondes (sans omettre les rousses), on comprend que se pose une intention de ne pas faire n'importe quoi, n'importe quand et, bien évidemment  n'importe comment.

LA PÉDAGOGIE SE TIENT ICI, NULLE PART AILLEURS

Le pédagogue, c'est son métier, met en place des moments d'apprentissage qui répondent au mieux à cette intention : que mettre en place, quand et comment pour apprendre à lire, à compter, à parler, à réfléchir, à poser des questions, à résoudre des problèmes, etc.

La pédagogie n'est pas et ne sera plus jamais une simple affaire de transmission de connaissances. Et encore moins une explication, un exposé justifiant une décision politique ! Laissons, par pitié et par bonheur, la pédagogie aux pédagogues, la plaidoierie aux avocats, le sermon aux hommes d'église, le boniment aux camelots, l'insulte au colérique et le mensonge au traître . Le discours politique n'est pas et n'a pas à être pédagogique.

L'UN EXPLORE L'EXTERIEUR, L'AUTRE PUISE A L'INTERIEUR

Ceci dit, comment diable optimiser l'attention et la concentration des élèves ? D'abord en distinguant ce qui relève de l'attention et ce qui concerne la concentration. 

L'attention est l'acte de tourner toute sa perception sensorielle vers l'extérieur : vue, ouïe, toucher, odorat, goût, toutes les sensations tentent de capter quelque chose. Dans une séance ou une séquence d'apprentissage on met tout en oeuvre pour susciter l'attention.

La concentration fait se couper de l'extérieur pour chercher et trouver en soi-même, au coeur, au centre de son être - principalement la mémoire - ce qui correspend à ce que l'on attend de soi, un mot, une donnée, une image, une reconnaissance, une combinaison des perceptions aptes à répondre avec pertinence au savoir, à l'habileté, au savoir-faire, au geste, au comportement, à la réflexion, à la réaction adaptés à la situation. Dans une phase de vérification, de contrôle, d'évaluation, on met tout en place pour conforter la concentration.

De fait, et le constat l'atteste, l'attention est possible dans le vacarme, la concentration difficile.

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Les deux "gestes intellectuels" sont favorisés quand les pédagogues et leurs élèves, en réponse à une situation propre, qui est la leur et rarement généralisée peuvent et savent...

  • modifier l'emploi du temps ;
  • changer de lieu ;
  • effectuer divers types d'activités différentes ;
  • connaître des activités mobiles entre des activités immobiles ;
  • bénéficier d'activités d'écoute et de reproduction de ryhtmes (un peu de concentration oblige) ;
  • imaginer des activités dynamisantes, courtes et denses.

Cette déclinaison vise les heures passées en milieu scolaire, école, collège, lycée mais aussi universitaire et tout le milieu de la formation professionnelle. Dont la formation des enseignants. Comment former des enseignants à porter le souci des rythmes scolaires si leurs formations, initiale et continue, ne se construisent pas en mettant en acte ce qu'elles préconisent ?

Au travail. Avec attention et concentration.

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ATELIER D'ECRITURE 83 : Médiathèque de Saint-Symphorien/Coise

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Atelier d'écriture 

Médiathèque Mot @ Mot 

Saison 2017/2018  

Dixième année

Saint-Symphorien-sur-Coise

(Rhône​)

Lundi 04/06/2018
19h30/21h30
Au diable les guillemets !
 
Je veux une femme, a proféré le général. C'est une femme qu'il me faut, n'est-ce pas.
Vous n'êtes pas le seul dans ce cas, lui a souri Paul Objat. Epargnez-moi ces réflexions, Objat, s'est raidi le général, je ne plaisante pas là-dessus. Un peu de tenue, bon Dieu.
Jean Echenoz, Envoyée spéciale, Ed. de Minuit.

jeudi 24 mai 2018

SI J'OSE LIRE 5

Fêtons nos mères

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Fêtons nos mères. À chacun et chacune de choisir la sienne. La palette est large, de la femme qui nous transmet la vie à cette autre qui nous élève, de la Terre qui épuise ses forces à nous nourrir à la langue qui nous abrite et qu’on maltraite. Peut-être Rome, si l’on est un fidèle de l’Église ou latiniste distingué. A dire vrai la maternité prend bien des visages, des aspects, des masques. Pour parler court - la brièveté s'aiguise sur la pierre de la simplicité – est mère tout ce qui nous accouche. De la naissance à la mort. 

 Jules Michelet associait les deux mystères qui bornent l’existence en une même analogie « l’un et l’autre amènent un fruit ». Serait mère ce qui fructifie ? Plaçons sur une droite horizontale les événements principaux de notre vie. Datons chacune de ces fructifications personnelles. Fêtons-les. Toute naissance est occasion de fête. Toute fête est renaissance. Nous savons, grâce aux sciences dites humaines, que l’on naît plusieurs fois. Cette succession d’enfantements de nous-mêmes rendrait-elle un début de sagesse ? Entendons : bien plus savant de nous-mêmes… J’ai le mal de mère, dit un trentenaire à la recherche de sa mère biologique.  Son jeu de mot en dit long sur cette nécessité de nommer l’origine bigbanguesque de notre monde individuel. Le ventre et le sein de la prime délivrance. Contre lesquels jaillit le premier cri, le premier jet sonore d’une langue à venir. D’autres ventres et d’autres seins surgiront, bienvenus ou non, pour de prochains cris. Le mot, la parole, la phrase procèdent du cri.  

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Quand Michel Strogoff, un fer rouge près des yeux, rugit de douleur, Jules Verne place dans son regard sa mère Marfa. Ce fils feint, dans les pages précédentes, de ne pas la reconnaître pour ne pas contrarier sa mission de courrier du czar. Le héros pleure. Les larmes sauveront ses yeux.

Tu t’accoucheras dans la souffrance, feu de feu !

Œdipe, lui, se crève les yeux en découvrant sa mère. Son histoire cesse de progresser pour naturellement s’atrophier.

Tu naîtras dans l'aveuglement et marcheras sur des routes ensoleillées mais dans les ténèbres d'une vérité de terreur. Et tu te répéteras la devinette de la sphynge comme une comptine d'enfance.

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Yasushi Inoué, dans Histoire de ma mère, décrit un effacement. Il retrace la perte des souvenirs qu’en quelques années la vieille femme subit avant de disparaître elle-même. Ou plus justement, afin de disparaître elle-même !

La mémoire est le propre de l’être humain. La conservation du patrimoine le hante. Patrimoine, terme masculin, comment nommer ce que l’on reçoit d’une mère ? Matrimoine ?

En trois courts tableaux (Sous les fleurs, Clair de Lune et Visage de neige) Inoué rassemble un passé qui s’échappe. Plus la sénilité œuvre, plus l’écrivain reconstruit. La régression planifie l’abandon de l’être, l’écrivain tisse le menu de cette fuite. Il reconstitue la complexité d’une personne tandis que la maladie fait dans la simplification. La personnalité se retire en deçà de ses limites antérieures. Elle retourne au stade précédent. 

Dans cette explosion du temps les scènes se mêlent : la mère, à vingt-trois ans, cherche son jeune enfant qui, soixante années plus tard, la poursuivra dans une ultime fugue. L’auteur achève son récit, l’urne des cendres maternelles sur les genoux. Il est bien rare de prendre sa mère sur ses genoux.

Tu engendreras ta mère dans la douleur, sang de sang ! 

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Albert Cohen, dans Le livre de ma mère, marque son affliction comme une offrande : « Chaque homme est seul et tous se fichent de tous et nos douleurs sont une île déserte ». Livre de fragments pour poursuivre un amour filial, pour confondre l’enfant et l’adulte, pour conjuguer le passé au présent et ainsi, peut-être, réparer et venger.

Albert Cohen se prépare à cet état où il sera « le muet compagnon de certaines petites vies silencieuses qui avancent en ondulant ». Il retrouve sa mère par l’écriture. Grande affaire que d’entretenir une langue maternelle, matrice où naissent les mots fructificateurs. Une mère langue, comme la mère goutte, ce vin natif des grappes vendangées avant le pressurage, comme la mère laine au dos des brebis. Rite initiatique que d’écrire à la recherche d’une langue perdue, langage maternel initial, chanson douce et amère éveillant les sens.

Mère, tourne sept fois ta langue dans ta bouche avant toute berceuse. Attention au nourrisson assoupi. En lui sommeille un accoucheur de phrases. Tu enfanteras par action et omission ton verbe quotidien, nom de nom !

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René Frégni aime trois femmes, sa mère, la mère de sa fille et sa fille. Elle danse dans le noir est l’hymne poignant du fils, de l’amant et du père. Le propre de Frégni est de conjuguer ces trois personnes : l’homme qui est sorti du ventre d’une femme et qui s’est nourri de son sein ;  l’homme qui jouit au ventre d’une femme et qui s’abandonne sur son sein, l’homme qui tremble et se jetterait au feu pour cette fillette dont le ventre et le sein lui sont et seront à jamais sacrés.

« Pendant un an je l’ai regardée s’endormir dans son lit de bois blanc, toujours avec les mêmes petits gestes bouleversants. » Regarde-t-on assez dormir les gens que l’on aime ? « En novembre, le corps de ma mère n’était plus qu’un drap de peau jeté sur son squelette. » Caresse-t-on suffisamment les plis, les creux, les bosses et les rides de celles qu’on aime ? « J’ai marché vingt ans aux côtés de cette femme, pendant vingt ans j’ai mangé en regardant ses yeux, j’ai dormi vingt ans contre ce corps qui court là-bas vers les jeux de l’amour. » Aime-t-on encore assez quand on aime comme on aime depuis des années ?

René Frégni est né de cette mère qui ferme les yeux, de cette compagne qui ne le regarde plus, de cette fillette qui lève un regard d'adoration vers le sien. Son livre, naît de ces trois femmes qui nouent puis dénouent le fil de ses phrases.

Tu écriras tes bonheurs perdus avec tes tripes, avec tes poings, dans l’encre noire de la fureur. Et tu recommenceras, de cahier en cahier, pour renaître à nouveau puisque tu te prénommes René ! 

Histoire de ma mère, Yasushi Inoué, Stock, Bibliothèque Cosmopolite, Le livre de ma mère, Albert Cohen, Folio-Plus, Elle danse dans le noir, René Frégni, Folio.

mardi 22 mai 2018

GRIFFONNADE 340 : Private Joke (4) avec Jacques Martin

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LA GRANDE MENACE

La première aventure dessinée du journaliste Guy Lefranc débute en mai 1952 

Jacques Martin en 1952 achève le premier cycle des Alix (Alix l'intrépide, le Sphinx d'or et l'Île maudite). Au bas de la dernière page de l'Île maudite, dans un large bandeau, en lettres capitales, on annonce : "Très bientôt, une nouvelle histoire en images de Jacques Martin, plus passionnante encore que l'île maudite."

Le dessinauteur (je nomme ainsi celui qui met en bandes dessinées l'histoire dont il est scénariste) espère beaucoup de son nouveau personnage, Guy Lefranc. Il doit l'imposer alors qu'on attend de lui la suite intrépide d'Alix. En 1953, le succès de Lefranc est tel qu'on lui demande d'abandonner le jeune Gaulois pour Lefranc ! Il obtient de poursuivre en alternance les deux séries. Et voici qu'Hergé lui-même lui demande d'intégrer son équipe aux Studios Hergé (nés le 06/04/50). Il réussit à imposer aussi ses deux assistants Roger Leloup (futur créateur de Yoko Tsuno) et Michel Desmarets (spécialisé dans le dessin des voitures). Il quittera les Studios Hergé en 1972 pour se consacrer à ses propres créations, ajoutant à Lefranc et Alix, Jhen, Arno, Orion, Kéos, Loïs...

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 Page, 21, large et peu haute, une case est bien structurée. Deux hommes d'âge mûr de part et d'autre de l'image, mis en miroir, épluchent la presse écrite. En 1950, la presse quotidienne diffusent largement l'actualité sous forme de nombreux journaux que les adultes lisent, partagent, commentent. En plein centre, très droit, le héros blond et élégant, la cravate impeccable, Guy Lefranc. En deux mots, les propos du commissaire Renard (le rusé, le subtil ? un policier rondouillard,  moustachu, cheveux en brosse, le stéréotype du flic de l'époque) renvoient à la pluie que le lecteur aperçoit au fond de l'image, au-delà des grandes baies de la salle à manger (deux espaces découpés comme des pages de bande dessinée). Dans la baie de droite on aperçoit deux hommes en faction (sinon pourquoi rester sous la pluie ?). Sans doute des policiers chargés de la protection de Lefranc et du jeune Jean-Jean, le louveteau au foulard rouge, tous les deux menacés. Le jeune garçon, la veille, a échappé miraculeusement à un enlèvement.

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Le commissaire Renard, après avoir constaté que le sabotage du carburateur de sa Traction Citroën, désamorça une grenade planquée dans la voiture du journaliste, une Simca 9 (Simca, filiale française de Fiat, lança l'Aronde en 1951, avec calandre pontée, grand succès commercial dû en partie à la vitesse et à la faible consommation du véhicule - Lefranc semble attaché aux voitures italiennes fonceuses, il conduira dès l'album suivant, en 1959, une Alfa Roméo Guiletta Veloce).

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Retour à l'image. A gauche, dans le deuxième carreau du haut, se découpe, sinistre et sombre, la silhouette d'un édifice que surmonte une tour. Si ce n'est celle qui surmonte le repaire d'Axel Borg, elle l'évoque bigrement. Dans les entrailles de ce repaire, fourmille une base secrète d'où jaillira une fusée armée de l'arme nucléaire. Tel est l'objet de cette première grande menace. Sur la page de titre du journal du client de droite, on devine le titre "Ultimatum", autre rappel de la grande menace, fil rouge du récit. En dernière page du quotidien, sous la rubrique (floue) "Edition spéciale", l'image d'une autre fusée, plus pacifique celle-là. Nul doute, repérable avec son célèbre damier, il s'agit de l'engin que, dans une autre base secrète, en Syldavie, a conçu et construit le professeur dont on devine le nom, à droite de l'image : Tournesol. Aucune erreur possible, Jacques Martin salue Hergé, son maître et futur patron. Avec lequel il partage le goût des belles voitures (Hergé pilotera avec plaisir Lancia et Porsche). Il rejoindra les Studios Hergé (nés le 6 avril 1950) en février 1954. Le clin d'oeil, glissé ici, à l'aventure lunaire de Tintin, est un Private Joke remarquable de discrétion.

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L'aventure lunaire de Tintin "On a marché sur la lune" paraît en feuilleton41+g7Yx0lcL dans le magazine hebdomadaire de la maison Lombard depuis avril 1950. Suivra L'Affaire Tournesol, dès décembre 1954. Jacques Martin est très impliqué dans cette histoire. Il affirmera plus d'une fois être à l'origine du gag du sparadrap qui tyrannise Haddock. L'album L'Affaire est l'exemple le plus réussi de l'art feuilletonnesque de Hergé. Chaque page mérite d'être examinée, bande par bande, avec le regard de Jan Baetens (in Hergé écrivain, Ed. Flammarion, Champs/Arts).

Le récit de La Grande menace achevé, Jacques Martin s'attaquera à La Vallée des cobras, l'ultime album de Jo et Zette commencé pour Coeurs Vaillants (Editions Bonne Presse, devenues Bayard en 1939). Jacques Martin, loin d'Alix et de Lefranc, doit reprendre toute la première partie de l'histoire, c'est à dire les vingt premières pages, tout l'épisode alpin situé dans la station de Vargèse (Haute-Savoie !). Cette partie où la famille Legrand rencontre le mahajadrah de Gopal (celui-là même qui offrit à la Castafiore la fameuse émeraude des Bijoux). Ces pages forment un long prologue de grande maîtrise. On peut imaginer ce que Martin et Hergé auraient pu tirer  de la rencontre entre le capitaine Haddock et le maharadjah de Gopal. On peut rêver du rire de la cantatrice italienne en mettant en présence ces deux personnages, deux ex-fiancés.

La fantaisie et l'humour de Jacques Martin se sont mis au service des Studios Hergé. Pendant presque vingt ans. Martin a salué Hergé comme un chef de grande qualité. Jamais, sauf erreur de ma part, comme un ami.

Private joke : blague privée, clin d'oeil pour initiés, détail inséré ​d​ans une production, dans un travail​, ​par ​jeu à l'intention d'un petit cercle d'amis​ ou​ par hommage discret​. La bande dessinée en est friande et les lecteurs les recherchent.

lundi 21 mai 2018

ATELIER D'ECRITURE 82 : Bibliothèque de St-Galmier

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 ATELIER D'ECRITURE

Bibliothèque de Saint-Galmier (Loire)

​Mercredi 30/05/2018 
18h30-20h30
Le fond du message, c'est sa forme.

"​Monsieur, Je viens, par la présente, m'excuser très sincèrement de l'impossibilité dans laquelle je me trouve présentement de vous écrire le moindre mot ; chaque jour je remets à plus tard le soin de vous envoyer de mes nouvelles et de m'inquiéter des vôtres..." 

(Pierre DAC)​

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dimanche 13 mai 2018

GRIFFONNADE 339 : LA NYCKELHARPA

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Prieuré de Saint-Romain-le-Puy (Loire), le 12/05/2018

Concert avec I Sentiri pour ouvrir la saison culturelle de l'association Aldebertus

Dans la dernière partie du concert, surprise ! Au trio du groupe I Sentiri s'ajoute Mireille Bonnard-Perlin. Cette musicienne, domiciliée en Saône-et-Loire, se voue à la musique ancienne et joue de l'instrument populaire de la Suède nommé nyckelharpa

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Un archet frotte quatre cordes - les mêmes qu'un alto, do, sol, ré, la. Porté en bandoulière, l'instrument est isolé du tronc de la personne qui le porte par un petit coussin de tissu afin que la résonnance conserve toute sa puissance. La main gauche, libre, actionne un clavier à quatre étages (un par corde) et modifie ainsi la hauteur des notes. Non touchées par l'archet, d'autres cordes, tendues en-dessous des quatre principales sont dites sympathiques car elles vibrent en harmonie (par sympathie) avec la fréquence des notes émises. Ce qui donne encore davantage d'ampleur à la mélodie ainsi interprétée. Folkore, musique ancienne, baroque, musique contemporaine, tout est à la portée de cet instrument. 

La rencontre avec Eléonore Billy, la papesse française de l'instrument, est fondamentale pour Mireille Bonnard-Perlin. Séduite par l'instrument, elle suivra un apprentissage assidu. Depuis elle présente son nyckelharpa, participe à des scènes de toutes les sortes et, elle-même forme de nouveaux instrumentistes.  

mercredi 9 mai 2018

ATELIER D'ECRITURE 81 : Médiathèque de Saint-Symphorien/Coise

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 Atelier d'écriture Médiathèque Mot @ Mot 

Saison 2017/2018 * Dixième année

Saint-Symphorien-sur-Coise (Rhône​)

Lundi 14/05/2018 
19h30/21h30
Selon Garcin dans "Selon Vincent"
  
​"Ayant terminé son verre, il fit un grand geste à l'adresse de la barmaid allemande qui derrière le comptoir essuyait des verres d'un air absent, pleinement concentrée pourtant sur les propos que tenait ce grand et gros Etats-Unien aux petits yeux bleus extrêmement mobiles qui lui faisaient penser à ceux de son grand-père maternel Werner, qu'elle n'avait plus vu depuis vingt ans, un ancien cordonnier à présent nonagénaire (.../...) " 
Christian Garcin, Selon Vincent, Ed. Babel/Actes Sud.
 

vendredi 27 avril 2018

SI J'OSE LIRE 4

Philo pour tous 

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Philo pour tous. Je philosophe, tu philosophes, on philosophe à tour de bras. Finie l’époque où seuls les philosophes philosophaient. Les temps changent : le libraire élargit son rayon philo, l’enseignant instaure le débat philosophique dès l’école maternelle et le bistrotier ouvre son café-philo. Au pays de Montaigne et de Jacques Derrida, plus de cent cinquante cafés-philos fleurissent entre les cafés-concerts et les cafés-théâtres. Je gagne l'un d'eux par pure curiosité. Si je m'instruis je reviendrai. Surtout si, entre deux consommations, se révèle un traitement contre les crises qui nous affectent - crise du sens politique,  crise du lien social, crise de la parole et de la communication, crise du logement et crise d’adolescence et tutti quanti.

Constat : toutes les chaises sont occupées. Reste un bout de banquette. Je salue les compagnons de table. On me sourit. Chacune et chacun se présentent : secrétaire médicale, étudiant, retraité, fonctionnaire… Un échantillon de l’espèce humaine entre dix-sept et soixante-dix-sept ans. Des visages différents des masques quotidiennement côtoyés car ceux-là sont affables ! Une clochette tinte, aigrelette, du genre des Trois messes basses de Daudet. L’animateur se manifeste. Un grand prêtre ? Non, un animateur garant du cadre. Le cadre ? Il énonce les règles : toute prise de parole sauvage est bannie. Il invite à présenter dix suggestions pour le débat du soir. A main levée les participants choisissent la question qui sera discutée. L’emporte une citation où s’opposent les notions de jugement et de préjugé. La personne qui la propose justifie son interrogation. La conversation se tisse. On commente, compare, réfute, défend. L’animateur reformule, indique des textes d’auteurs pour justifier, approfondir les propos échangés. L’instant est courtois, les échanges mesurés. Quand elle prend la parole, la secrétaire médicale sourit en citant deux ou trois phrases d'Alain de Botton. Je ne m'en souviendrai pas et ne pourrai placer ici ces citations entre guillemets. La jeune femme les prononce entre deux frémissantes fossettes. D'où mon oubli sans doute. Le doute ? Première qualité pour philosopher me confie le fonctionnaire, les moustaches en croc, une voix de basse lyrique. Il parle de Raphaël Enthoven comme s'il le croisait chaque dimanche, de Spinoza comme d'un ami de la famille et de Roger-Pol Droit comme d'un voisin. Je note et m'informe. La philo cesse à cet instant d'être une épreuve au baccalauréat et qui sommeille entre les pages de deux manuels La Connaissance et L'Action, de L. Meynard, Librairie Belin.  

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Pour cultiver cette amorce de discernement, je gagne la librairie la plus proche. Au débotté, je demande – sur les conseils de la secrétaire et du fonctionnaire de tout à l’heure – Alain de Botton et Roger-Pol Droit. Le premier, Suisse londonien, se tourne vers les penseurs du passé dont la sapience, mélange de savoir et de sagesse (selon Barthes, dit-elle) détient réponses aux tourments de ce jour. Heureux les pusillanimes, les fauchés, les frustrés, les déficients de tout poil, les anxieux, coléreux ou désespérés, le royaume des philosophes est à eux. En trois cents pages Socrate, Épicure, Sénèque, Montaigne, Schopenhauer et Nietzsche se penchent à notre chevet et nous consolent. De Botton nous convainc : les six maîtres sont pétris de la même pâte que la nôtre. Il nous conduit dans le cheminement de leurs pensées. Nous nous identifions à ces précurseurs de l’expérience humaine. 

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Quant à Roger-Pol Droit, c’est l’étonnement permanent (je tiens la formule du moustachu fonctionnaire). Il suit la marche des fourmis, jeûne, calligraphie, s’arrache un cheveu, sourit à l’inconnu, compte jusqu’à mille et transforme chaque geste habituel en une découverte philosophique. Il précise la durée et le matériel de chaque expérience et l’effet escompté. On rêve, on s’humanise, on se rebelle, on migre, on contemple, on se dépolitise. Bref le divertissement est complet, « le futile donne à penser, le dérisoire conduit au sérieux ». La banalité se met en relief. La lucarne multimédiatique ne déverse pas l’aventure, elle naît d’un lieu, d’un geste, d’un regard, d’un rien. Elle réveille l’imprévu et le surprenant. Sans risque. Ou plus justement avec le risque de s’étonner : « Quoi, je philosophe ! » 

Les consolations de la philosophie, Alain de Botton, Pocket et 101 expériences de philosophie quotidienne, Roger-Pol Droit, Odile Jacob Poches.

dimanche 15 avril 2018

ATELIER D'ECRITURE 80 : Bibliothèque de Saint-Galmier (Loire)

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ATELIER D'ECRITURE​ 

Bibliothèque Saint-Galmier (Loire)  ​

​Mercredi 25/04/18 
18h30-20h30
Songe, rêve et cauchemar

"​Je fais deux cauchemars par semaine et je rêve tous les matins. La plupart des contes que j'écris me sont donnés par le rêve."

"J'écris pour moi, pour mes amis et pour adoucir le cours du temps."

(Jorge Luis Borgès)​

mardi 27 mars 2018

SI J'OSE LIRE 3

Le loup revient

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Le loup revient. Passant les crêtes alpines, il s’installe et se reproduit. Il reprend sa place dans la chaîne alimentaire. Ici, il régule la population des grasses marmottes, celles qui grignotent dans la main du promeneur. Là, il effraie bouquetins et chamois, ceux qui posaient pour le calendrier des postes du temps où les facteurs distribuaient plus de courrier que de tracts publicitaires. Le dimanche, le loup s’offre du mouton bêlant. La loi le protège mais le berger s’offusque. Les autorités écoutent l’éleveur. Puis, courtoisement, elles l’invitent à copier les méthodes de son collègue italien. Même carrure, même passion du troupeau. Cependant leur métier diffère : pour le voisin, pas question de morceler le cheptel en petits troupeaux dispersés ni de traire la brebis ! Parcage et mécanisation est la devise transalpine. Le pâtre français, incrédule, regagne ses alpages. Après deux ou trois attaques nocturnes du satané carnassier et après quatre ou cinq incompréhensions de la maudite administration urbaine, le voilà frondeur. Du Mercantour à la Savoie, les jours de colère, le berger ouvre une nouvelle chasse. Il brandit le bâton contre l’écologiste en vadrouille, le fusil contre le dévoreur d’agneau.

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Les jours où la raison le ramène chez lui, il tire de son bas de laine (forcément…) de quoi s’offrir un patou. Un chien-mouton, qui vit dans le troupeau, qui pense au troupeau, qui défend le troupeau. Ce gardien n’accepte aucun intrus dans son périmètre. Des marcheurs imprudents l’ont appris à leurs dépens. Le vrai patou vous avertit, vous menace et vous laisse repartir à pas comptés mais à reculons. Ne jamais présenter le dos, ne jamais planter son regard dans les prunelles du gardien. J'ai connu un ancien taulard qui tenait des propos similaires. Le faux patou, lui, pauvre doublure venue de l’est, vous assaille sans sommation. L'achat du vrai triple l'investissement mais l'usage diffère. L'un garde, l'autre défend. J'ai connu un ancien assureur qui parlait d'alarmes et de moyens de dissuasion en des termes proches.

Pendant ce temps le loup,  à pas feutrés, gagne du terrain. Il prospère. Peu exigeant, il s’adapte, s’acclimate, s’accommode, s’arrange, étend son domaine. Il gagne l’Auvergne. On le voit en Forez, il visite le Pilat. Encore dix ans, dit-on, et, si tout va bien, il surgira de nouveau au coin du bois. En attendant, il met son chapeau, ses lunettes, sa culotte, ses chaussettes et bottes de sept lieues car il connaît chansons et contes. Il lit Sylvain Tesson et parcourt les mêmes Chemins noirs.

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De même, relisons nos classiques. Perrault, les frères Grimm, et le Trésor des contes de Monsieur Henri Pourrat. Ses bons contes font de bons avis et de jolis échos du côté d’Ambert et bien au-delà. Lisons les contes de Claude Seignolle (centenaire l'an dernier !) qui fréquenta les ruines, les hommes et les diables.

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Lisons aussi Jack London, l’écrivain aux mille vies. Replongeons-nous dans romans d’aventures pour lecteur sans âge : L’appel sauvage et Croc-Blanc. Ce dernier est plus que centenaire. En 1906, London entreprend l’histoire d’un bâtard (son père est loup, sa mère chienne) définitivement différent, métèque, paria. Loup parmi les chiens, chien parmi les loups. Il doit manger pour ne pas être mangé. Il défend celui qui manie le gourdin et accorde la viande. Il obéit au fort et opprime le faible. Puis se domestique. Il s’intègre, s’américanise. En découvrant l’évolutionnisme, London écrit une fable puisée dans ses souvenirs du Grand Nord. Cette histoire répond à celle de Buck, ce chien de luxe devenant chef de meute dans L’appel sauvage (1903).

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Animal partagé entre la fidélité rivée à l’homme qui le sauve et l’appel profond de la nature. London conteste, exècre l’individualisme. Face à une société libérale, impitoyable, il invente des récits de chiens et de loups. Il noircit des pages traversées de traîneaux, de blizzard et d’aventuriers. Le loup les observe, les guette, revient d’un livre à l’autre, d’un chapitre à l’autre. Car toujours le loup revient. Velu, poilu, gueule ouverte, il revient de tout. London le voit dans « le paysage morne, infiniment désolé ». Par cette vision, on devine un autre fauve derrière le masque affable et affamé de l’individualiste. 

Jack London, L’appel sauvage et Croc-Blanc, Livre de poche.

vendredi 23 mars 2018

GRIFFONNADE 338 : LUCIEN JACQUES

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Le 20/03/2018, lecture publique : extraits de la correspondance entre Jean Giono & Lucien Jacques

Lucien Jacques ? Le plus souvent son nom est méconnu.  Les curistes, à Gréoux-les-Bains, aperçoivent son nom au frontiscipe de la médiathèque. Les plus curieux interrogent. Ils apprennent son amitié avec l'écrivain Jean Giono. Les plus attentifs retiendront qu'il fut "le découvreur" de Giono. Pour s'en persuader, plongeons dans la correspondance des deux hommes publiée en deux tomes chez Gallimard. Deux tomes ! Bigre, qu'avaient-ils à se lire ?

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Mardi dernier, à l'issue de l'annuelle assemblée générale de l'association des Amis de Lucien Jacques, les deux lecteurs-comédiens, Daniel Hanivel et Jean-Jacques Lorazo, mettent en bouche les échanges de celui qui n'est pas encore l'auteur de Colline et de celui qui est déjà l'ami de Henry Poulaille. De cette lecture, déjà donnée en septembre dernier, dans le jardin du Paraïs, à Manosque, à l'occasion des Correspondances, on pourrait retenir que le tutoiement entre ces deux personnalités ne s'impose qu'au bout de quatre années de vouvoiement ; respect, pudeur, principe ?  On remarque le doigté avec lequel Lucien Jacques aide Giono à épurer sa phrase, par exemple en renonçant à des épithètes toujours justes mais qui alourdissent l'élan du texte. On s'étonne que Lucien Jacques fasse lire le Grand Meaulnes d'Alain-Fournier à Jean Giono ; tous les trois connaissent les affres de la Grande guerre, Alain-Fournier n'en revient pas, Lucien Jacques écrira Carnets de moleskine, Jean Giono, Le Grand troupeau. On saluera la joie de Lucien Jacques apprenant que son ami Jean Giono est enfin édité. "Je reçois au centuple ce que j'ai donné". L'amitié est entière. L'ami se met à l'ombre de celui qui, il en est sûr, écrira parmi les textes les plus aboutis de son siècle.

Les deux hommes sont fils de cordonniers. De même Jacky Michel, le président de l'Association des Amis de Lucien Jacques. Lucien Jacques venait à l'atelier des Michel. Jacky dit "C'était pour moi comme un grand-père que je me serais choisi." Depuis il ne cesse de cultiver la mémoire de son "Lucien". 

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Lucien Jacques possède une large palette : il sculpte, il danse, il dessine, il peint, il écrit, il édite, il grave... Jacky Michel depuis des années, ramasse, recueille, cherche, court les ventes aux enchères et découvre les écrits, les oeuvres du cher Lucien. Trois ouvrages importants témoignent de cette quête : Dessins et gravures, Aquarelles et Poésie, l'intégrale des poèmes

Jacky Michel rêve encore de visiter une certaine villa britannique, où Lucien Jacques aurait laissé une fresque, La ronde des saisons. Cette maison aurait appartenu à l'acteur Francis L. Sullivan. Coïncidence, cette demeure, proche de Londres, sert de cadre à un roman d'Agatha Christie, Le Vallon (The Hollow).

En attendant, une exposition se tiendra en 2020 à Marseille, à vingt pas du MUCEM, au Musée Regards de Provence. Les deux amis seront pratiquement côte à côte. Giono au MUCEM, puisque l'année sera marquée par le cinquantenaire de son départ. Jacques Mény, président de l'association des Amis de Jean Giono (que d'amis et d'amitié dans cet article !), consacre ses efforts à une exposition à la mesure (à la démesure !) de l'oeuvre d'un écrivain qui, chaque jour, regagnait sa table de travail sans relâche.

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Oeuvre de Lucien Jacques.

Jean Giono, en bras de chemise, son épouse Elise, portant leur seconde fille Sylvie et à ses pieds face au cerf, l'aînée, Aline.

Aline Giono, dans son témoignage, Mon père : Contes des jours ordinaires, rapporte les visites que Kakoum (surnom de Lucien Jacques) réservait à cette famille dont il était un oncle d'adoption.

 

lundi 12 mars 2018

ATELIER D'ECRITURE 79 :Bibliothèque de St-Galmier

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 ATELIER D'ECRITURE​ 

Bibliothèque Saint-Galmier (Loire)  ​

​Mardi 27/03/18 
18h30-20h30
Le monologue intérieur

"Etonnant comme, dans cette famille, la ressemblance persistait chez les femmes. Elle aurait pu d'ailleur être général de dragon. ​Et Richard aurait servi avec joie ​sous ses ordres ;​ il avait le plus grand respect pour elle ; il affectionnait ces visions romantiques de vieilles dames de haut lignage, avec sa nature bon enfant, il aurait aimé amener certaines jeunes têtes brûlées de sa connaissance à déjeuner avec elle ; comme si ces gentils buveurs de thé auraient pu produire une femme de cette trempe !"

 ​(Virginia Woolf, in Mrs Dalloway, Ed. Livre de poche)​

mercredi 7 mars 2018

GRIFFONNADE 337 : Visages villages

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 VISAGES VILLAGES

Festi'vache 2018,

Saint-Martin-en-Haut (Rhône)

L'art du collage photographique par JR (Jean René). La maîtrise du montage par Agnès Varda. Quatre-vingt-neuf minutes de bonheurs mineurs, de ceux qui arrondissent les jours, pareils aux instants d'éclaircie d'un banal après-midi de mars.

Vous dire pourquoi le public reste assis jusqu'au terme du générique de fin ? La raison des demi-sourires sur les visages aux portes de sortie ? Vous voulez savoir pourquoi ce documentaire rassembla l'an dernier un public convaincu ? Et les raisons de la retenue des critiques ? Les tapis rouges déroulés sous les petits pieds de la grande Varda ? Si JR est photographe ou artiste performant ? Qu'appelle-t-on activisme urbain ? Qui est exactement Henri Cartier-Bresson dont Agnès Varda visite la tombe ? Si on voit là son ultime film ? Serait-ce l'adieu de l'artiste ?

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Et que deviennent les photos collées sur les wagons, les palissades, les maisons ? La raison des déplacements aléatoires en camion-photomaton des deux complices ? Leur réelle complicité ? La spontanéité de leurs propos ? Ou s'ils lisent des textes auparavant écrits ? L'amitié qui liait Jean-Luc Godard et Agnès Varda ? Qui les lie encore ? Bien que Jean-Luc soit "une peau de chien" ? Regrette-t-il de l'être ? Vous demandez-vous si les  personnes rencontrées ont demandé des droits à l'image ? Et combien ? Si le film Habitants de Raymond Depardon inspira Varda et JR ? Si Depardon a vu Visages, villages ? Et si oui, ce qu'il en pense ? Si le chapeau et les lunettes noires de JR sont des objets vestimentaires fétiches ? Des masques ? Des signes ? Ou des colifichets ? Si le choix de ce nom d'artiste, JR, est un clin d'oeil malicieux au JR de Dallas ? De quelle nature serait cette malice ? Ce film est-il un authentique documentaire ? Et s'il ne l'était pas, que serait-il ? Restera-t-il à l'usure du temps ? Que voir lors d'une nouvelle séance qu'on ne voit pas la première fois ? Et, enfin, au bout de cette liste, qu'est donc ce festival qui, perché sur les Monts du Lyonnais, se nomme Festi'vache ? Vous voulez savoir tout ça ?

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mardi 6 mars 2018

GRIFFONNADE 336 : LA REALITE & SES TROIS ASPECTS

JE VOIS TRIPLE 

Dans Les Bienfaits de l'imageSerge Tisseronsoucieux d'éduquer à l'image tout enfant dès son plus jeune âge, encourage à distinguer les trois aspects d'une réalité :

  • la réalité elle-même ;
  • l'image intérieure ;
  • l'image matérielle.  

Entre les trois, les risques de confusion sont nombreux. 

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Ce ne sont pas des fruits

Voici des fruits sur une table. On admet que, sur l'écran, figure l'image matérielle des fruits que le photographe plaça réellement sur une table. En détournant le regard, en fermant les yeux, quiconque saura réveiller en son for intérieur l'image (sans doute incomplète) de cette photographie. Le mot fruit évoquera peut-être une autre image intérieure, celle d'un ananas, d'une myrtille ou d'une figue.

Le globe est une image

Avec un enfant, au bon moment, on insistera à partir du fameux tableau de Magritte puis avec un globe terrestre que la pipe sur la toile est une représentation de la pipe réelle et que le globe n'est pas et ne sera jamais notre planète. Une confusion de langage favorise d'autres confusions de langage et entraîne d'autres confusions dans la pensée et son mécanisme.

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Fabriquons des images et parlons d'elles

Serge Tisseron recommande trois habitudes : la première est de ne pas oublier que toute image est un point de vue, afin de ne pas confondre réalité et ce que montre l'image, donnons l'occasion aux enfants de fabriquer des images, d'en produire et... d'en parler, d'en discuter.

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"C'est d'après toi, ça !"

La deuxième habitude serait de repérer dans les images les failles qui entretiennent la confusion entre la réalité et nos images intérieures, nos "représentations". Une image univoque (qui n'est pas équivoque, qui ne se réfère qu'à une seule et unique "voix") contient un germe de totalitarisme.

Une image équivoque (ambiguë, d'un flou instable) invite à se questionner à la fois sur le monde, plus ou moins bien perçu, et sur soi-même, plus ou moins bien situé face à lui. Cette interrogation se traduit par la parole.

Un point de vue est toujours subjectif

Troisième et dernière habitude : prévilégier la façon dont une image nous renseigne sur nous-mêmes. Dit autrement, accepter que notre perception des images soit subjective malgré toute notre attention à ce qu'elle ne le soit pas. Ce caractère se traduit par des propos échangés.

Causons donc

La parole aide à distinguer les images qui nous entourent de celles qui nous hantent. La réalité s'installe au milieu comme une rivière tranquille.

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lundi 5 mars 2018

GRIFFONNADE 335 : Ecrire

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Qu'est-ce qu'écrire ? 

Paul Valéry : 

"L'écrivain ne trouve pas ses mots, il les cherche, et en les cherchant il trouve mieux."

Pierre Bourdieu :

"Quand je ne sais pas ce que je pense, j'écris."

Claude simon :

"On n'écrit jamais quelque chose qui s'est passé avant le travail d'écriture, mais bien ce qui se produit (et cela dans tous les sens du terme) au cours de ce travail, au présent de celui-ci, et résulte, non pas du conflit entre le très vague projet initial et la langue, mais au contraire d'une symbiose entre les deux qui fait, du moins chez moi, que le résultat est infiniment plus riche que l'intention."

Trois citations relevées je ne sais où en 2002 ou 2003, alors que j'entreprenais une formation d'animateur d'ateliers d'écriture et que je retrouve en relisant les notes prises à l'époque, les synthèses de lectures, les bouts de commentaires échangés et griffonnés...

Après une dizaine d'années d'animation d'ateliers, mon expérience s'étoffant, j'ai modifié et élargi ma pratique. Une poignée de certitudes demeurent cependant :

  • Dès que les premiers mots sont jetés, la personne qui écrit est face à un territoire où tout est possible, les directions sont infinies ; puis, de phrases en phrases, à la fois cette infinité se réduit tout en dévoilant ce qu'elle masque. Le jeu s'arrête au point final, juste avant que tout soit dit.
  • A force d'écrire - et dans ce terme, force, se lient une idée d'effort, de mise en branle d'un mouvement contre une pesanteur et une résistance de tous les diables et une idée de patience d'ange, d'une éternité suspendue et enfermée dans les mailles du texte - à force d'écrire, arrive le moment où l'on renonce à écrire ce que l'on pense mais où l'on apprend à penser dans le geste même qui, lettre par lettre, pose les mots et les enchaîne les uns aux autres.
  • le texte ne vient jamais vers la personne qui écrit, il devient tandis que l'auteur s'autorise à favoriser cette naissance. 

Rien de très nouveau. En tout cas, je signe ce que j'écris.

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ATELIER D'ECRITURE 78 :Médiathèque de Saint-Symphorien-sur-Coise

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Atelier d'écriture Médiathèque Mot @ Mot

Saint-Symphorien-sur-Coise (Rhône​)​
Lundi 12/03/2018
19h30/21h30
Saison 2017/2018 * Dixième année
VARIER LES TOURS ET LES TOURNURES
  
"Vous voulez savoir si les lits sont grands ou petits ? Confortables ou inconfortables ? Si nous dormons avec un oreiller ? Sur des matelas moelleux ou durs ? L'odeur de la terre ? Du ciel ? Du soleil ? Si le soleil et le ciel ont une odeur ici ? " 
Edgar Hilsenrath, Le nazi et le barbier, Ed. Points/Seuil.

lundi 19 février 2018

SI J'OSE LIRE 2

ACQUIS, INNE, HERITAGE & HEREDITE

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Le goût de l'acquis est-il inné ? 

Formulons autrement : la personne qui possède un bien désire-t-elle, accroître ce bien acquis ? Au-delà, conforter la jouisssance de ce bien, nourrit-il l'expérience de la possession, l'envie d'accumuler encore et encore ? Pareil au furet de la comptine, cette question court sans cesse, de Crésus à Harpagon, de François d'Assises à Jean-Jacques Rousseau, de Gandhi à Johan August Sutter. Elle passe par ici, repasse par là, déchire les familles, fait se retourner les petites gens, par surprise, virevolter les défunts sous leurs pierres tombales et nourrit les notaires. Elle court les rues et les boulevards, elle traverse les ponts et les frontières, elle fourre les comédies et les chansons.

A propos de famille et de chanson, chacune et chacun sont tenus de choisir entre l'amusement, l'agacement, la consternation, la passion face à l'actualité des... Vous voyez ce que je veux dire ? Non. Mais si, voyons, cette querelle de clan, cette bataille entre coeur, pique, trèfle et carreau ! Allons, tout l'hexagone en tremble. Deux mois auparavant, on organisait le spectacle des funérailles paternelles avec le bon sens du symbole tragique, du geste populaire et le bel usage des lunettes noires. Désormais, les enfants du défunt s'mettent à chercher des sous dessous le matelas de la marâtre. C'est épatant, aurait dit l'homme de lettres mutin, à la voix aigrelette et au crayon en berne, l'immortel qui partit un poil juste avant. La succession de l'artiste biker deviendra-t-elle un feuilleton, une série croquignolesque ? 

Cendrillon

- Cendrillon, bonjour Cendrillon.

- Oui ?

- Dis-moi, lorsque ton pauvre papa se livre pieds et poings liés à sa seconde épouse, tu tombes bien bas, n'est-ce pas ?

 - Plus bas que cendres.

- Certes, certes. Je résume : d'abord sous la coupe de ton horrible belle-mère et de ses deux bécasses de filles, puis sous l'influence de ta chère marraine qui profite de ta confiance aveugle pour te faire avaler couleuvres et citrouilles, et, à la fin du compte...

- Du conte ?

- ... tu épouses ton bellâtre de prince, amoureux fétichiste de pantoufles ! Mariage réussi au regard du plus grand nombre puisque tu entres alors dans le patrimoine royal. Tu deviens une belle pièce de collection patriarcale.

- C'est une vision trop moderne, une remarque d'un lecteur de ton époque.

- Et tu entres aussi dans le patrimoine littéraire, ce fourre-tout culturel où flotte, surnage et se noie notre langue maternelle...

- Je ne suis pas sûre de tout comprendre.

- Moi non plus. Cependant, Cendrillon, franchement, et j'en arrive à l'essentiel de mon présent appel, à parler vrai, jamais l'indépendance ou le simple soupçon d'autonomie ne traverse ta jolie tête d'enfant sans caractère ? Toujours protégée ou soumise, tu restes dans le regret de ton papounet ?

- Mon cher papa ! Il ne s'est jamais bien remis du départ de celle qui reste la femme de son coeur, de sa vie...

- L'histoire ne le précise pas, mais il me semble qu'une fois casée dans les bras du prince, tu abandonnes sans regret ton molasson de père à sa mégère.

- Mon pauvre, pauvre papa.

- Qu'est-ce qu'il a bien pu lui trouver à cette colonelle, si ce n'est l'occasion d'assouvir ses faiblesses - certainement innées - panser son ennui et se soulager de ne plus devoir diriger sa vie et ses aléas, n'est-ce pas ?

- Il faut reconnaître à ma belle-mère un certain sens pragmatique des affaires, une maîtrise pour le gouvernement domestique et domanial de sa gentilhommière. 

- Le terme de maîtresse-femme convient donc. Je suis convaincu qu'en acquérant ou héritant quelque pouvoir et les attributs qui l'accompagnent, toute personne, homme ou femme, sera tentée d'adopter des réflexes autoritaires ; seule la volonté résistera à cette naturelle tendance. Quoi qu'il en soit, Cendrillon, une question encore... N'as-tu aucune honte, aucune gêne, aucun malaise à héberger tes demi-soeurs au château princier ? Selon Charles Perrault, tu les introduis à la Cour ? Je soupçonne que cette décision résulte d'une intention secrète, d'un profond désir - acquis dans l'expérience des humiliations passées - d'une revanche sans magie, sans douze coups d'horloge, sans musique de bal, sans pantoufle en écureuil...

- Suis-je si perverse à tes yeux ? Et la bonté du coeur ? Serais-tu un homme désenchanté ?

- Entendu. Je te laisse à ta naïveté ou à ta machination comme je laisse les héritiers du chanteur motocycliste de tout à l'heure à leurs ruminations, combines et tours. Aux échecs, il faut savoir roquer à temps.

- Motocycliste ? Il faut savoir... ro-quoi ?

- Motocycliste... vois-tu, une sorte de cavalier. Roquer, Cendrillon, r-o-q-u-e-r, avec un "q". Le roque permet, en un seul coup, de mettre la pièce essentielle à l'abri et de mobiliser un secours puissant. Trop tôt, c'est inutile, trop tard c'est une faute.

- Je ne joue qu'aux dames.

- Je m'en doutais. 

L'Ami intime

Héritage, hérédité, deux termes questionnant la transmission entre générations. Que reçoit, que conserve, que possède Marc en perdant son père dans L'Ami intime, le court roman de Catherine Rey. Une lecture toute en rondeur, de huis clos en scènes miniatures où les silences relèvent les paroles consenties. Un petit monde de boutiques encombrées d'objets et de souvenirs. Un père, veuf, au terme de son  existence chez un fils plaqué par son épouse. Un secret recouvre le passé tandis que les gens travaillent. Leurs ressources, seule manière de se mettre à l'abri du besoin, résultent dans le labeur quotidien, accompli avec le contentement de bien faire. Face à face, Marc, le fils, fonctionnaire et le père qui fut coutelier, commerçant déçu par le choix professionnel de son garçon qui se montre incapable de conserver sa  compagne. Le vieil homme meurt au bout d'un séjour en maison spécialisée. Marc, seul, se débarasse des ultimes objets dans la chambre qu'occupait son père. Il trouve le certificat de son propre baccalauréat, s'en étonne. Le reste, trois sacs et un carton, part à la décharge. Toute décharge publique reçoit détritus, gravats de démolition, bref, ce qui encombre. Se décharger, c'est se délester, enlever un poids, un fardeau. A charge et à décharge, dit-on lors d'une enquête criminelle ! Marc n'a pas l'intention de porter le passé de son père. Presque par hasard, le secret de ses parents lui parvient, à demi-mots. Le hasard se charge, lui, de susciter des remarquables coïncidences. Quiconque reste libre d'oublier un peu, beaucoup, sans folie... "J'oubliais que les gestes qu'il aurait dû avoir, il ne les avait pas eus. J'oubliais que les gestes que j'aurais dû avoir, je ne les avais pas eus. J'oubliai." 

Peut-être est-il des enfants qui, dans l'attente désespérée de gestes jamais venus, quêtent autre chose ou encore autre chose, voire aussi autre chose, par défaut ? La monnaie est d'argent lorsque le coeur est d'or.

comment j'ai vidé

Lydia Flem, au décès de sa mère, ne sait si elle range ou si elle vide la maison parentale. Le titre de son ouvrage tranche, il s'agit bien de vider : "Comment j'ai vidé la maison de mes parents". Cela rappelle le mode d'emploi : "Comment jouer du ukulélé" ou "Comment manager une équipe de hackers". Umberto Eco, lui, nomme "Comment voyager avec un poisson" un recueil de malicieux postiches et pastiches. Ce terme, comment, en début de titre, n'attend aucun point d'interrogation. Lydia Flem n'interroge pas, elle annonce de quelle manière elle entreprend le vidage du lieu où vécurent ses parents. Loin des vide-greniers d'automne ou de printemps, l'épreuve nous touche. Nous l'avons subie, nous la subirons. "Certes, il faudra trier, évaluer, classer, ordonner, emballer, mais aussi choisir, donner, jeter, vendre, garder, et aubout du compte - sauf si l'on vit de génération en génération dans un même lieu où s'accumulent les strates du passé - c'est bien de "vider" la maison de nos parents que nous sommes chargés." Elle confie la façon dont elle sort les objets qui peuplent le logement parental. Elle décrit cette activité et ses effets  dans sa chair, dans sa mémoire, dans son coeur, dans son être changé par l'épreuve. Quelle valeur accorder aux choses ? "Je suis pour les donations et contre les héritages. Il faudrait toujours faire un testament, désigner nommément ce qu’on souhaite léguer et à qui on le destine. La passation d’une génération à l’autre ne devrait pas aller de soi, elle devrait être un choix, une offrande, une transmission explicite, concertée, réfléchie, et non pas seulement une convention, un laisser-faire passif, une résignation. J’héritais, j’aurais aimé recevoir." Lydia Flem oppose deux verbes, léguer et hériter. Le legs sous-entend une volonté de transmettre un bien, une intention réfléchie : ceci, je te le donne, je te l'offre. L'héritage attribue par droit légal : ceci te revient, tu peux le prendre. Dans le chapitre "Le rien et le trop", piochons quelques mots : sacrilège, profanation, démembrement, dévastation, vandalisme, dépareiller, disperser, séparer, désordre, désolation... Lydia Flem est fille unique, tout le poids du vidage la rend "irrésolue, accablée, impuissante". Elle ouvre l'armoire de sa grand-mère, se souvient de sa tendresse. La garde-robe de sa mère, curieusement, retrouvera "une nouvelle vie" dans les mains d'une amie qui se les réappropie à sa guise. Les objets vivent plusieurs fois, affirme-t-on. Un temps pour retrouver, un temps pour oublier ; un temps pour acquérir, un temps pour offrir ; un temps pour aimer, un temps pour aimer encore. Et si Lydia Flem referme la porte de la maison, vide, elle ne place aucun point final à la dernière phrase. On vide mais on vit et on vivra en survivants. 

Peut-être est-il des enfants qui, dans l'attente désespérée d'un legs jamais venu, quêtent, par défaut, un bout d'héritage ? "J'ai ce que j'ai donné", telle fut la devise que Jean Giono choisit pour figurer dans son ex-libris. Sa fille, Sylvie Durbet-Giono, a vendu d'une part la maison de ses parents à la commune de Manosque et d'autre part les livres, meubles et autres objets à l'Association des amis de Jean Giono. La maison du Paraïs n'est pas vidée. 

L'Ami intime de Catherine Rey, Editions Le temps qu'il fait & Comment j'ai vidé la maison de mes parents de Lydia Flem, Editions du Seuil, Points.

LIBRE A CHACUNE ET A CHACUN, CI-DESSOUS, D'APPRECIER, DE COMMENTER OU DE PARTAGER.

vendredi 16 février 2018

ATELIER D'ECRITURE 77 :Bibliothèque de St-Galmier

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ATELIER D'ECRITURE

Bibliothèque de St-Galmier, Loire

​Mercredi 28/02/18 
18h30-20h30

Ces portraits qu'on tire

 "César Soubeyran approchait de la soixantaine. Ses cheveux, rudes et drus, étaient d'un blanc jaunâtre strié de quelques fils roux ; de noires pattes d'araignées sortaient de ses narines pour s'accrocher à l'épaisse moustache grise, et ses paroles sifflotaient entre des incisives verdâtres que l'arthrite avait allongées.​ (Marcel Pagnol, in Jean de Florette, Ed. Livre de poche)​

Contact : Bibliothèque Au jardin des livres, 04 77 52 59 37.
Conception & animation : Cista La griffe des mots

mercredi 24 janvier 2018

ATELIER D'ECRITURE 76 : Médiathèque de St-Symphorien/Coise

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UN SOUPCON

DE COÏNCIDENCE TROUBLANTE 

Atelier d'écriture 

Saison 2017/2018 

Dixième année

Médiathèque Mot @ Mot
Saint-Symphorien-sur-Coise (Rhône​)​
Lundi 05/02/2018 / 19h30/21h30
  
​"On parle de coïncidente troublante quand on est certain ni qu'une chose soit fausse ni qu'elle soit vraie." ​D'après Tom GriffithsCauses, coïncidences et théories, Université de Berkeley.

mardi 23 janvier 2018

SI J'OSE LIRE 1

Le jardin nous habite.  

Le jardin nous habite autant que nous l’habitons. 

De l’enfance à la vieillesse nos sens fleurissent au jardin. Nous méditons à l’ombre de jardins de curé et paradons au soleil des jardins de Versailles. Notre mythologie le crie, le jardin se mérite et nous perd. La fonction ancestrale de jardinier ne soumet pas la nature mais s’ajoute à sa générosité. Le jardinier crée par alliance. Le jardinier, l'amateur d’œillets, le planteur de salades, l'inventeur de labyrinthes, l'architecte paysagiste, tous engendrent des jardins merveilleux et extraordinaires où s’ordonnent les rais de lumière et les volutes de l’air. 

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Le jardin s’urbanise. Les jardins ouvriers de l’abbé Lemire et les jardins familiaux du docteur Schreber s’effacent devant les jardins partagés. Le jardinage à la papa recule devant la permaculture, la grelinette expédie au rayon des antiquités la bêche de grand-mère. Des ruches bourdonnent sur les toits, des micro-jardins embellissent les balcons, des fermes verticales (hydroponiques ou aéroponiques) verdissent les immeubles de banques internationales et les tours de grands hôtels. Ce siècle sera-t-il agricole ? La famine mondiale reculait depuis dix ans. A la faveur des conflits armés, des pluies excessives et des sécheresses répétées, de la confiscation des sols en faveur des cultures industrielles, elle redevient un fléau qui fauche les plus pauvres. Plus que jamais nous avons besoin de jardins d’agrément pour nous nourrir, de potagers pour éveiller nos pensées, de vergers pour nous enraciner. 

Unknown

À dix pas d’Ambert, en Livradois, le Jardin pour la Terre d’Arlanc offre un abri de curiosité, invitant M. Trucmuche à la pratique de la flânerie étonnée. On découvre une plante, on s’attarde pour mieux entendre, on reconnaît une essence, l’Histoire se raconte, la mémoire s’expose. Tout témoigne d’une culture, d’un monde en représentation. L’amateur de cartes n’en revient pas, s’étonne, s’égare. Immobile, il renouvelle ses voyages et se perd à jamais. Dans ce lieu de l’éphémère, le vent paresse. Il s’éprend de senteurs connues et de couleurs dispersées, il se prend d’amitié et de complicité pour une nature généreuse et un homme créateur. M. Trucmuche en oublierait l’essentiel : se mettre en scène. Car, initié par ses enfants, le bonhomme ne visite plus rien sans leur envoyer un selfie (qu’au Québec on nomme égoportrait). Il tend le bras, brandit la perche que lui offrit son petit-fils au dernier anniversaire, sourit et multiplie son image. Il fige, cristallise, accumule, enregistre, conserve, comptabilise son visage dans mille lieux remarquables et singuliers. Plus tard, hors saison, commémorera-t-il ses voyages extraordinaires ? Suggérons qu’au Jardin de la Terre, aux jardins de nos pères, aux jardins de nos coeurs, on lâche nos jouets boulimiques pour poser notre regard. Ainsi deviendrons-nous meilleurs photographes, plus capables de remarquer l’inhabituel, plus dignes de fixer la lumière, peut-être ?

Numériser

Les poètes descendent au jardin. Les romanciers s’y installent. Jean-Paul Goux, dans Les jardins de Morgante, aligne de longues phrases cadencées où s’entremêlent les voix des personnages. Ils sont quatre, un architecte, un photographe, un philosophe et un jardinier. Les voici, un an durant, condamnés à vivre ensemble dans la propriété de Morgante, avant sa destruction, pour inventorier le patrimoine préservé de cet écrivain disparu. Chaque soir ils se retrouvent et racontent leur découverte quotidienne dans l’immense demeure, dans l’immense jardin, dans l’immense bibliothèque. Chaque récit dénude son auteur. Les saisons s’incarnent. Saisons d’une année en marge, saisons des cycles passés. Les vies se tissent et l’amitié se délace. À ouvrir sous une tonnelle, sous un arbre, sur un banc, le dos au mur, en tout cas à l’extérieur. Ne pas craindre de lire à haute voix pour bien mâcher la fibre syllabique des phrases. Mignonne, allons voir si la prose… émerveillement garanti. 

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Gabrielle Van Zuylen lit les jardins. De l’Éden biblique au jardin en mouvement de Gilles Clément, elle traduit dans Tous les jardins du monde comment chaque société saisit la nature et l’arrange à sa culture. La mise en page comble les yeux. Tout est ordonné mais à l'envie on papillonne. Photo, caricature, peinture, plan, texte, chaque élément est choisi avec un soin exquis. On lit en passant, on cueille une date, on goûte un point de vue, on touche terre. Chaque relecture fait miel. Déclarons que ce livre est un jardin, sans vergogne. S’y plonger provoque le sentiment de trouver un lieu de retraite momentanée.  À lire le soir, juste avant que le ciel s’étoile.

On mérite, je crois, la moindre de nos rencontres. Des livres comme des gens. 

Les jardins de Morgante, Jean-Paul Goux, Babel, Actes Sud & Tous les jardins du monde, Gabrielle Van Zuylen, Découvertes Gallimard.