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La mort d'Etienne de La Boétie, le samedi dix-huit août 1563, serait, selon Pierre Lepape, la source de l'écriture de Montaigne (Le pays de la littérature / Seuil).

Le texte rapportant agonie et décès de son ami se veut un acte de vérité sur cette mort sublime. Et, s'étonne Lepape, Montaigne se met en retrait du monde et saisit sa plume huit ans après. Durant lesquels il prend femme, s'occupe des affaires bordelaises, traîne sa langueur... Lui restent vingt-et-une années à vivre. Il écrira les Essais. Ce travail rend La Boétie présent, il constitue un authentique dialogue avec son ami disparu. Heureuse formule, à apprendre par coeur : Quand La Boétie meurt, Montaigne se perd deux fois, en lui et en soi. La sincérité de Michel Eyquem se dresse exactement ici : les Essais sont les retrouvailles des deux amis, l'acte d'écriture témoigne de la présence jamais éteinte de la Boétie logé en son milieu ! Montaigne ne ment pas à cet ami perdu mais jamais absent. Non pas tout dire, ce qui est vanité, mais dire tout et vrai : aller jusqu'au fond du pot, au plus intime, au plus invisible : faire parler non la bouche, mais l'âme.

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Pierre Lepape