Une passion : la photo

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Chambre noire. Tel est le titre de l'émission mensuelle de trente minutes que Michel Tournier - pas encore édité - anime pendant cinquante numéros à la télévision française, dans les années soixante.  

En 1969, il figure dans l'équipe fondatrice des Rencontres Internationales de la Photographie en Arles. Il reste l'un des directeurs artistiques jusqu'en 1972 ; durant plusieurs années, il écrit avec finesse des textes présentant les photographes invités et anime des rencontres.

Par la suite, en 1981, sa notoriété d'écrivain lui permet de convaincre son éditeur à publier Vues de dos, recueil commenté de photographies d'Edouard Boubat (qui deviendra l'un de ses meilleurs amis). En 1983, Des Clefs et des serrures permet à Michel Tournier d'écrire à partir de photographies préalablement choisies. Enfin, en 1993, dans Le crépuscule des masques, : il compose un véritable essai, à la fois un éloge de photographes et une mise en garde contre la dangerosité et la nocivité de l'image.

Cette réserve ressurgit dans le roman La Goutte d'or. Tournier oppose le signe (qui livre du sens) à l'image qui peut mener à l'iconisation (fait d'être figé dans sa propre image au point de ne plus exister comme réalité). Les 3/4 des photos des occidentaux saisissent des enfants et des femmes et le plus souvent sont produites par des hommes. La photo de Monsieur Trucmuche ne fait que "prendre". Le grand photographe, lui, réalise des photos qui "donnent, car il crée. Comme l'écrivain, le photographe digne de ce nom n'est pas un homme normal lorsqu'il sort de sa routine et, alors, se révèle créateur. "Je fais d'excellentes photos, confie Tournier, mais je ne crée rien car je photographie ce que tout le monde voit." Il voyage avec Edouard Boubat, ils traversent ensemble les mêmes lieux, croisent les mêmes personnes ; cependant en considérant les photos ramenées par son compagnon, il lui semble qu'ils n'ont pas vécu le même voyage. 

La photo exige une éducation. Qui forme le regard de l'enfant ? Serge Tisseron s'interroge aussi et propose des amorces de réponse dans les pages de son ouvrage Les Bienfaits de l'image (2002). Deux affirmations : l'image doit susciter des paroles entre l'enfant et l'adulte ; pas d'éducation aux images sans production (création ?) d'images.