JE VOIS TRIPLE 

Dans Les Bienfaits de l'imageSerge Tisseronsoucieux d'éduquer à l'image tout enfant dès son plus jeune âge, encourage à distinguer les trois aspects d'une réalité :

  • la réalité elle-même ;
  • l'image intérieure ;
  • l'image matérielle.  

Entre les trois, les risques de confusion sont nombreux. 

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Ce ne sont pas des fruits

Voici des fruits sur une table. On admet que, sur l'écran, figure l'image matérielle des fruits que le photographe plaça réellement sur une table. En détournant le regard, en fermant les yeux, quiconque saura réveiller en son for intérieur l'image (sans doute incomplète) de cette photographie. Le mot fruit évoquera peut-être une autre image intérieure, celle d'un ananas, d'une myrtille ou d'une figue.

Le globe est une image

Avec un enfant, au bon moment, on insistera à partir du fameux tableau de Magritte puis avec un globe terrestre que la pipe sur la toile est une représentation de la pipe réelle et que le globe n'est pas et ne sera jamais notre planète. Une confusion de langage favorise d'autres confusions de langage et entraîne d'autres confusions dans la pensée et son mécanisme.

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Fabriquons des images et parlons d'elles

Serge Tisseron recommande trois habitudes : la première est de ne pas oublier que toute image est un point de vue, afin de ne pas confondre réalité et ce que montre l'image, donnons l'occasion aux enfants de fabriquer des images, d'en produire et... d'en parler, d'en discuter.

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"C'est d'après toi, ça !"

La deuxième habitude serait de repérer dans les images les failles qui entretiennent la confusion entre la réalité et nos images intérieures, nos "représentations". Une image univoque (qui n'est pas équivoque, qui ne se réfère qu'à une seule et unique "voix") contient un germe de totalitarisme.

Une image équivoque (ambiguë, d'un flou instable) invite à se questionner à la fois sur le monde, plus ou moins bien perçu, et sur soi-même, plus ou moins bien situé face à lui. Cette interrogation se traduit par la parole.

Un point de vue est toujours subjectif

Troisième et dernière habitude : prévilégier la façon dont une image nous renseigne sur nous-mêmes. Dit autrement, accepter que notre perception des images soit subjective malgré toute notre attention à ce qu'elle ne le soit pas. Ce caractère se traduit par des propos échangés.

Causons donc

La parole aide à distinguer les images qui nous entourent de celles qui nous hantent. La réalité s'installe au milieu comme une rivière tranquille.

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